Le vote blanc à l’étranger

Les Citoyens du Vote Blanc militent pour la reconnaissance du vote blanc en France. Mais qu’en est-il ailleurs ? Peu de démocraties donnent au bulletin blanc un véritable poids. La plupart se contentent de le compter à part, comme la France depuis 2014. Quelques-unes l’intègrent aux suffrages exprimés. Une poignée seulement lui reconnaît un pouvoir : celui de faire annuler une élection.

Pour s’y retrouver, on peut distinguer trois niveaux de reconnaissance :

  • Niveau 1 – Compté et publié à part. Le vote blanc est distingué du vote nul et apparaît dans les résultats, mais il n’entre pas dans les suffrages exprimés. C’est le cas de la France, de la Suède, des Pays-Bas, du Brésil, du Chili, du Costa Rica ou de l’Inde.
  • Niveau 2 – Intégré aux suffrages exprimés. Le vote blanc entre dans le calcul des pourcentages. Il peut donc rendre plus difficile l’obtention d’une majorité ou le franchissement d’un seuil : Espagne, Uruguay, Mongolie, Mauritanie, certains cantons suisses.
  • Niveau 3 – Pouvoir invalidant. Au-delà d’un certain score, le vote blanc annule le scrutin : Colombie (majorité absolue), Mongolie (si personne n’atteint 50 %), Pérou (deux tiers, blancs et nuls confondus).
Le vote blanc à l’étranger

En Europe

Contrairement à une idée reçue, plusieurs pays européens reconnaissent le bulletin blanc — mais presque toujours sans lui donner d’effet sur le résultat.

  • Espagne – Le vote blanc (une enveloppe vide) est un vote valide au sens de la loi électorale (LOREG, art. 96). Il entre dans le total des votes valides qui sert à calculer le seuil de 3 % (5 % aux municipales) qu’une liste doit franchir pour participer à la répartition des sièges. Résultat paradoxal : plus les électeurs votent blanc, plus ce seuil monte, et plus il est difficile pour les petits partis d’obtenir des élus. En revanche, le vote blanc ne pèse pas sur la répartition des sièges elle-même (méthode d’Hondt).
  • Pays-Bas – Depuis 2010, un bulletin sans aucune case cochée est enregistré comme vote blanc, distinct du vote nul, et publié dans les résultats. Mais il ne compte ni pour le quotient électoral, ni pour la répartition des sièges : seuls les votes pour des candidats sont retenus, comme le rappelle le Conseil électoral (Kiesraad). Contrairement à ce qu’on lit parfois, il n’a donc aucun effet sur les seuils.
  • Belgique – Le vote y est obligatoire, ce qui explique un taux de bulletins blancs et nuls parmi les plus élevés d’Europe. Blancs et nuls sont comptés ensemble et n’interviennent pas dans la répartition des sièges. Le SPF Intérieur le rappelle sur son site : ils ne profitent à aucun parti.
  • Suisse – Il n’existe pas de règle fédérale : chaque canton décide. Vaud (Constitution vaudoise de 2003, art. 76) et Genève, par exemple, comptent les bulletins blancs comme valables au premier tour des élections majoritaires (Conseil d’État, Conseil des États) : ils entrent dans le calcul de la majorité absolue et la rendent plus difficile à atteindre. Au second tour, la majorité relative suffit et les blancs sont écartés. Pour les votations (référendums), seuls les oui et les non comptent, même si les blancs sont publiés. Dans la plupart des autres cantons, blancs et nuls sont écartés du calcul.
  • Suède – Un bulletin blanc officiel est disponible dans chaque bureau de vote. Depuis 2006, les votes blancs sont comptés et publiés séparément, mais ils restent classés « non valides » : ils n’influencent ni les pourcentages des partis, ni le seuil de 4 % pour entrer au Riksdag. Lors des référendums, en revanche, le bulletin blanc figure dans les résultats au même titre que le oui et le non (2,1 % au référendum sur l’euro de 2003). Avouez que c’est tout de même plus démocratique de pouvoir répondre autre chose que OUI ou NON à une question posée !
  • Grèce – Des bulletins blancs officiels sont distribués dans les bureaux de vote depuis 1989. Pendant des années, la loi les a rangés parmi les votes valides, ce qui gonflait le dénominateur et, mécaniquement, avantageait le parti arrivé en tête dans un système déjà très favorable au vainqueur. D’où la légende, toujours vivace en Grèce, selon laquelle « le blanc va au premier parti ». Depuis 2006 (loi 3434/2006), les blancs sont exclus des votes valides pour la répartition des sièges : ils sont publiés à part et n’ont plus aucun effet.
  • Russie, Ukraine, Biélorussie – Ces pays ont connu une case « contre tous » directement sur le bulletin. En Russie, jusqu’en 2006, si « contre tous » arrivait en tête, l’élection était annulée et rejouée, ce qui s’est produit dans plusieurs scrutins locaux. La case a été supprimée par une loi du 12 juillet 2006, puis rétablie en 2014 pour les seules élections municipales, au choix de chaque région. En Ukraine, la case « je ne soutiens aucun candidat » a été utilisée pour la dernière fois à la présidentielle de 2010 et supprimée en novembre 2011 ; elle n’avait de toute façon aucun effet juridique. La Biélorussie, elle, conserve une case « contre tous ».

Dans les Amériques

C’est en Amérique latine que le vote blanc est le mieux reconnu, avec des règles très différentes d’un pays à l’autre.

  • Colombie – Le pays le plus avancé au monde. Le vote blanc est une case à part entière sur le bulletin et compte comme vote valide. Depuis la réforme constitutionnelle de 2009 (art. 258), s’il obtient la majorité absolue des votes valides au premier tour d’une présidentielle, ou à l’élection d’un maire, d’un gouverneur ou d’une assemblée, le scrutin est annulé et recommencé une fois, sans les candidats battus. Si le blanc l’emporte encore, le candidat le mieux placé est élu. Cela s’est produit à Bello (Antioquia) en 2011 : 60 931 votes blancs sur 107 511 votes valides face à un candidat unique, qui n’a pas pu se représenter. Deux limites : au second tour de la présidentielle, le vote blanc n’a qu’une portée symbolique, et la règle ne joue qu’une fois. Depuis 2011, des partis ou comités peuvent même s’enregistrer comme « promoteurs du vote blanc » et faire campagne pour lui avec les mêmes garanties qu’un candidat (loi 1475, art. 28).
  • Pérou – Le vote est obligatoire, sous peine d’amende. Les blancs sont comptés séparément des nuls, mais tous deux sont exclus du calcul : le président doit obtenir plus de la moitié des votes valides, blancs et nuls non compris. Le vote blanc a pourtant un pouvoir invalidant : si blancs et nuls, additionnés ou séparément, dépassent les deux tiers des votes valides, le Jury national des élections annule le scrutin et en convoque un nouveau (loi organique des élections, art. 365 ; Constitution, art. 184). Le seuil est si élevé qu’il n’a jamais été atteint au niveau national. Lors de la présidentielle de 2026, des appels au vote blanc ou nul pour « annuler » le second tour ont circulé sur les réseaux sociaux : il aurait fallu environ 14 millions de bulletins blancs ou nuls sur 20 millions de votants.
  • Uruguay – Le bulletin blanc (enveloppe vide) est compté et publié à part. Surtout, la Constitution (art. 151) exige, pour être élu président dès le premier tour, la « majorité absolue des votants » : blancs et nuls entrent donc dans la base de calcul et rendent le second tour plus probable. En octobre 2024, ils ont représenté près de 5 % des votants, un record depuis vingt ans, et l’élection s’est jouée au second tour. Les blancs ne peuvent pas annuler une élection et n’interviennent pas dans la répartition des sièges au Parlement.
  • Brésil – L’urne électronique comporte une touche « BRANCO ». Les votes blancs sont donc comptés à part des nuls et publiés, mais la Constitution (art. 77, § 2) et la loi 9.504/1997 les excluent des votes valides : ils n’influencent ni l’élection du président, ni la répartition proportionnelle des sièges. Avant 1997, ils comptaient dans le calcul du quotient électoral, ce qui favorisait les grands partis. Une rumeur tenace veut qu’une majorité de blancs et de nuls annule l’élection : c’est faux.
  • Chili – Blancs et nuls sont comptés séparément, mais la Constitution (art. 26) les considère tous deux « comme non émis » : le président est élu à la majorité des suffrages valablement émis, sans eux. Au second tour de la présidentielle de décembre 2025, près d’un million de bulletins nuls (780 000) et blancs (165 000) ont été déposés, soit plus de 7 % des votants — un record depuis le retour de la démocratie — sans le moindre effet sur le résultat.
  • Costa Rica – Blancs et nuls sont comptés séparément (Code électoral de 2009, art. 193 et 194) mais exclus des « suffrages valablement émis » : ils ne comptent pas pour le seuil de 40 % qui permet d’être élu président dès le premier tour (Constitution, art. 138, interprété en ce sens par le Tribunal suprême électoral en 2001). En 2018, le TSE a dû rappeler qu’ils ne se reportent sur aucun candidat et n’obligent pas à refaire l’élection — une confusion née de la règle colombienne.
  • Venezuela – Il n’existe pas de vote blanc au sens propre : un bulletin papier sans marque, ou l’absence de sélection sur la machine à voter, sont considérés comme des votes nuls (loi organique des processus électoraux, art. 136 et 137). Le président est élu à la majorité relative, et rien n’est prévu en cas de votes nuls massifs.
  • États-Unis – Pas de règle fédérale, mais une exception célèbre : depuis 1975, le Nevada propose la case « None of these candidates » (« aucun de ces candidats ») à toutes les élections d’État et présidentielles. L’option est non contraignante : même arrivée en tête, elle ne bloque rien et le candidat le mieux placé l’emporte. C’est arrivé plusieurs fois, dont la primaire républicaine présidentielle de février 2024, où « aucun de ces candidats » a recueilli environ 60 % des voix contre 33 % à Nikki Haley (Donald Trump ne participait pas à cette primaire, sans enjeu de délégués).

En Asie

  • Inde – Depuis 2013, sur décision de la Cour suprême, toutes les machines à voter proposent un bouton NOTA (None Of The Above, « aucun des candidats ci-dessus »). Les votes NOTA sont comptés et publiés — 6,3 millions aux législatives de 2024 — mais traités comme des votes non valides : même en tête, NOTA n’annule pas l’élection et le candidat le mieux placé est élu. À Indore, en 2024, NOTA est ainsi arrivé deuxième avec 218 674 voix. Plusieurs commissions électorales d’État (Maharashtra, Haryana, Delhi, Pondichéry) imposent toutefois un nouveau scrutin si NOTA arrive en tête aux élections locales, et des recours devant la Cour suprême demandent d’étendre cette règle au niveau national (dossier en cours). L’objectif affiché par la Cour en 2013 : forcer les partis à présenter de meilleurs candidats.
  • Mongolie – Cas rare : à l’élection présidentielle, les bulletins blancs sont des votes valides et entrent dans le calcul des pourcentages. Un candidat doit dépasser 50 % pour être élu, y compris au second tour ; à défaut, une nouvelle élection est organisée avec de nouveaux candidats. En 2017, une campagne « bulletin blanc » (8,2 % au second tour) a failli provoquer ce scénario : Khaltmaagiin Battulga a été élu avec 50,6 %, à quelque 7 000 voix près.

En Afrique et au Moyen-Orient

  • Mauritanie – Le bulletin comporte une case « vote neutre », comptée et publiée à part (près de 1 % à la présidentielle de 2019). D’après la mission d’observation électorale de l’Union européenne (2006-2007), ces votes entrent dans le calcul des pourcentages, sauf au second tour de la présidentielle. Ils relèvent donc la barre de la majorité absolue au premier tour ; au second tour, la majorité relative suffit, si bien qu’un élu peut l’emporter avec moins de la moitié des suffrages.
  • Tunisie – Lors de l’élection de l’Assemblée constituante d’octobre 2011, l’instance électorale (ISIE) a d’abord intégré les bulletins blancs au calcul des sièges dans certaines circonscriptions. Sur recours d’Ennahdha à Médenine, le tribunal administratif les a écartés du calcul, ce qui a fait gagner un siège au parti. Une reconnaissance restée sans lendemain.

Le vote blanc dans le monde : tableau récapitulatif

PaysBlanc distingué du nul ?Compte dans les suffrages exprimés ?Effet possible
France (pour comparaison)Oui (depuis 2014)NonAucun
EspagneOuiOuiRelève le seuil des 3 % (pénalise les petits partis)
Pays-BasOui (depuis 2010)NonAucun
BelgiqueNon (blancs et nuls ensemble)NonAucun
Suisse (Vaud, Genève)OuiOui, au 1er tour des élections majoritairesRelève la majorité absolue au 1er tour
SuèdeOui (depuis 2006)Non (sauf référendums)Aucun
GrèceOuiNon (depuis 2006)Aucun
RussieCase « contre tous » (municipales, selon les régions)OuiAucun depuis 2006 (annulation possible avant)
ColombieOui (case dédiée)OuiAnnulation du scrutin si majorité absolue (une fois, nouveaux candidats)
PérouOuiNonAnnulation si blancs + nuls > 2/3 des votes valides
UruguayOuiOui (majorité des votants au 1er tour)Peut forcer un second tour
BrésilOui (touche « Branco »)NonAucun
ChiliOuiNonAucun
Costa RicaOuiNonAucun
VenezuelaNon (pas de vote blanc)––
États-Unis (Nevada)Oui (case dédiée)Oui (ligne à part)Aucun (non contraignant)
IndeOui (bouton NOTA)NonAucun au niveau national ; nouveau scrutin dans certains États (élections locales)
MongolieOuiOuiNouvelle élection avec nouveaux candidats si personne ne dépasse 50 %
MauritanieOui (case « vote neutre »)Oui (sauf 2e tour présidentiel)Relève la majorité absolue
TunisieOuiNon (depuis le recours de 2011)Aucun

Les initiatives citoyennes proches des CVB à l’étranger

D’autres mouvements portent un discours très proche de celui des Citoyens du Vote Blanc. Dans de nombreux pays, des citoyens cherchent à faire évoluer la démocratie représentative.

  • Espagne : Escaños en Blanco (« Sièges en blanc »). Parti fondé en 2010 à Badalone, héritier du mouvement catalan Escons en Blanc. Son programme tient en un point : ses élus ne siègent pas, laissent leur siège vide et renoncent à toute indemnité. Premiers conseillers municipaux élus en 2011 (Foixà, Gironella), 115 595 voix (0,74 %) aux européennes de 2014, sièges laissés vides à Foixà en 2015 et 2019. En novembre 2023, il a obtenu huit sièges laissés vacants en Navarre, dont l’intégralité du conseil municipal de Muruzábal. Le parti reste actif, mais son audience est modeste (entre 0,1 et 0,3 % aux scrutins récents). Site d’Escaños en Blanco
  • États-Unis : le mouvement NOTA. « None Of The Above » (« aucun des candidats ci-dessus ») milite pour une case de rejet contraignante sur les bulletins : si elle l’emporte, l’élection est refaite avec d’autres candidats. Une idée très proche de celle du Parti du Vote Blanc. À ce jour, seul le Nevada l’a inscrite dans sa loi, sous une forme non contraignante (voir plus haut).
  • Suisse : les collectifs « Voter Blanc ». Depuis 2013, des citoyens, notamment dans les cantons de Neuchâtel et de Vaud, militent pour qu’un vote blanc majoritaire invalide un scrutin, et présentent des listes symboliques aux élections communales, cantonales et fédérales.

Sources et références

Mise à jour : septembre 2026.