Le mythe du vote « contre »

Depuis plusieurs décennies, une évolution silencieuse transforme nos pratiques électorales : on ne vote plus pour… on vote contre.

Contre un candidat, contre un bilan, contre une politique jugée décevante. Le bulletin de vote devient alors un outil de rejet plutôt qu’un acte d’adhésion.

Mais cette logique pose une question simple : peut-on réellement s’opposer à quelqu’un… en votant pour quelqu’un d’autre ?

Quand le rejet remplace le choix

En 2012, après l’affaire Dominique Strauss-Khan, François Hollande est élu presque par hasard, dans un contexte marqué autant par le rejet de Nicolas Sarkozy que par l’adhésion à son projet.

Cinq ans plus tard, l’ancien président tentera lui-même un retour en se présentant comme une alternative à l’impopularité de son successeur.

Ce mécanisme n’est pas nouveau.

Dès 2002, la contestation de la politique menée par Lionel Jospin conduit une partie des électeurs à qualifier Jean-Marie Le Pen pour le second tour.

Ce résultat ne traduisait pas une adhésion massive à son programme, mais une opposition à l’action du gouvernement en place.

Une dérive aux conséquences réelles

Utiliser son vote pour sanctionner détourne l’élection de son objectif premier : désigner un représentant dont on partage les idées.

Un bulletin de vote ne peut pas être « contre ». Il devrait toujours être en faveur du nom qu’il porte.

Qu’il soit déposé par conviction ou par rejet, il contribue à légitimer le programme du candidat élu.

Au soir du scrutin, celui-ci pourra revendiquer un mandat clair pour appliquer les mesures qu’il a défendues pendant la campagne… même si nombre d’électeurs ont voté pour lui sans les approuver.

L’impasse du vote « utile »

Le vote dit « utile » obéit à la même logique.

Il ne sert pas à exprimer une opinion, mais à empêcher l’élection d’un autre candidat.

Dans les faits, il revient à soutenir un programme que l’on n’aurait pas choisi librement.

Envoyer au pouvoir une personnalité dont on conteste les idées, dans le seul but d’en bloquer une autre, revient à créer les conditions d’une future déception démocratique.

Exprimer un refus sans désigner un vainqueur

Être en désaccord avec Emmanuel Macron ne devrait pas obliger un électeur à soutenir son opposant.

La démocratie ne consiste pas à choisir le « moins pire », mais à pouvoir exprimer un accord… ou un désaccord.

Or, dans le système actuel, toute voix exprimée bénéficie nécessairement à un candidat.

La seule option permettant de refuser les choix proposés sans contribuer à l’élection de l’un d’entre eux, c’est le vote blanc reconnu comme suffrage exprimé.

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